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samedi 19 mars 2016

Interdit

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-->Extrait de "Avant de se retrouver", spectacle musical, texte et mise en scène Jérôme Richer, musique Olivia Pedroli, créé au 2.21 à Lausanne. Une production de la Compagnie Binooculaire. 
Il y a un truc que je ne supporte pas
Un truc qui me rend dingue
C’est qu’on touche ma flute
Qu’on pose ses mains sur elle
Tout de suite, je crois qu’on va la prendre de travers
La blesser
C’est très intime une flute
Sa forme, c’est très intime
Et puis la flute, c’est le souffle
La pulsation vitale La flute, c’est peut-être l’instrument qui se rapproche le plus de la voix humaine

C'est la nuit

Extrait de "Avant de se retrouver", spectacle musical, texte et mise en scène Jérôme Richer, musique Olivia Pedroli, créé au 2.21 à Lausanne. Une production de la Compagnie Binooculaire.

C’est la nuit
C’est peut-être l’été
Il fait un peu trop chaud
Je suis dans ma chambre
Je suis seule dans ma chambre avec lui
Je ne dors pas
Il y a longtemps que je ne dors pas
Lui, il sait que je suis réveillée
Même s’il ne dit rien, il le sait
Il est patient
Très patient
Il n’a rien à faire d’autre qu’attendre
Attendre que je me décide
Que je me lève
Oui
Que je le saisisse
Que je le touche
Oui
Que je glisse mes mains sur lui
Que je caresse son corps Son manche
Et qu’enfin je commence à jouer
À jouer avec lui
Oui
Sans me soucier de ce que les autres pourraient penser
Sans me soucier de ce que mon attitude pourrait dire de moi
Et qu’enfin, lui et moi soyons réconciliés Et pour une fois, un peu heureux

La Bande-Annonce du spectacle : 
Avant de se Retrouver - Bin°oculaire - 2016 from Manon Pierrehumbert on Vimeo.

lundi 12 mai 2014

La soirée des manifestes

Le 2 mai, dans le cadre du Festival du Jamais lu, à Montréal, plusieurs collectifs d'auteurs issus de toute la francophonie se sont réunis, dont le collectif suisse Nous sommes vivants. Pour préparer cette soirée exceptionnelle, nous avons tous dû répondre à des questions. Voici trois de ces questions ainsi que mes réponses.
Note : Les deux premières réponses n'ont pas été retenues dans le montage final qui devait laisser la place aux mots de 16 auteurs vivants !
Décrivez-moi concrètement d’où vous écrivez. Votre bureau, le café, la pièce, la maison, la rue où vous vous mettez au travail des mots. L’atmosphère dans laquelle vous êtes. Est-ce la bonne pour écrire ? La vraie, la poétique, la politique. 

Il n’y a pas de bonne manière d’écrire
Il y a celle qui juste pour soi
Celle qui nous correspond véritablement
Celle qui nous permet de trouver le souffle intime du monde au sein de notre corps
A chacun ses besoins
A chacun ses nécessités
Moi, je me suis aperçu que j’ai besoin d’être hors du monde pour être au plus prêt de lui
J’ai besoin de me retirer dans un endroit sans wifi
Sans sollicitation en tout genre
Un endroit qui me permet de retrouver le gout des mots
De mes propres mots
Pas des mots entendus, rapportés par le flot médiatique
Des mots dont je peux soupeser le poids
Apprécier les formes
Écouter les sonorités
Alors si vous tenez vraiment à savoir quel est le meilleur endroit pour écrire
Enfin le meilleur endroit selon moi pour écrire
Je vous dirais que c’est à Chandolin
Un petit village des Alpes suisses, dans le canton du Valais, à 2000 mètres d’altitude
Dans un appartement au confort spartiate
Sans connexion internet
Un endroit où ma seule alternative à l’écriture, c’est la marche en forêt
Un endroit où je passe facilement plusieurs jours sans parler à personne si ce n’est à la serveuse du bar où je prends mon café et à la caissière du petit supermarché où je fais mes courses
Un endroit où l’air est encore pur et les mots plus légers

Quels enfants littéraires souhaitez-vous mettre au monde ? 

Des enfants qui m’apprennent à vivre
Des enfants qui me donnent les moyens de comprendre le monde qui m’entoure
Qui décalent mon regard
Qui remettent en jeu mes certitudes
Qui me posent des questions
Des enfants qui me surprennent
 Qui sachent grandir en mon absence
 Oui, des enfants qui n’aient pas besoin de moi pour être pleinement au monde
Qui réussissent à tuer le père pour appartenir à toutes et à tous
Des enfants qui s’insèrent dans une histoire
Qui savent ce qu’ils doivent au passé comme ce qu’ils portent de promesses pour le futur
Mais je ne sais pas si je suis capable d’avoir ces enfants-là
 Car parfois
Oui, parfois je doute même d’être un auteur
Alors pour l’instant, je me contente d’essayer
Et on verra bien
Oui, on verra bien ce que deviendront mes enfants
Mes enfants faits de mots difficilement choisis et de tant de rêves inaboutis

Le Québec, la terre d’accueil de cette soirée, évoque-t-elle quelque chose de précis pour vous? Quelle image en avez-vous? Quelle résonnance ou absence a-t-elle dans l’Histoire de votre pays. 

Quand on me dit Québec, je pense à la phrase du Général de Gaulle du 24 juillet 1967
Je pense à cette fille rencontrée en 1996 sur un ferry entre deux iles grecques, à son sourire, aux premiers mots que nous avons échangé et ma difficulté à la comprendre alors que nous étions censés parler la même langue
Je pense à cet autre voyageur québécois croisé à la frontière entre la Bulgarie et la Roumanie. A tout le chemin que nous avons parcouru ensemble. A nos discussions sans fin sur la nourriture. A nos engueulades sur la qualité des fromages français
Et bien sûr, je pense à Céline Dion, oui, à Céline Dion, à ses deux jumeaux, Eddy et Nelson, et à son cher mari René
Je pense aussi au film Polytechnique de Denis Villeneuve
Je pense à Pierre Baillot, au très bel humain Pierre Baillot, qui jouait dans Celle-là de Daniel Danis, mis en scène par Alain Françon
Et surtout je pense à mon fils, au moment où j’ai appris que j’allais être père, dans le sous-sol d’une maison, de la banlieue de Québec. Au moment où nous l’avons annoncé pour la première fois à des amis, à Montréal, au cours d’une fête dans le quartier de Rosemont. Oui, pour moi, c’est surtout ça le Québec, le visage de mon fils, l’impression d’être enfin devenu un adulte

jeudi 13 février 2014

1981

Extrait inédit de "Mon corps dans la bataille" qui sera présenté dans la deuxième quinzaine de mars 2014 en Limousin (FR) dans le cadre du Festival Nouvelles Zébrures.

En 1981, tu as sept ans
Tu n’es pas un poète comme Rimbaud
Des sept premières années de ta vie, tu ne conserves aucun souvenir véritable
Seules quelques images, de lointaines lueurs, se sont imprimées dans ton cortex cérébral
Des souvenirs recomposés
          Fabriqués à partir d’histoires racontées par tes proches
Des souvenirs dont tu restes incapable de déterminer la part de vérité
Des souvenirs que tu observes avec méfiance
          Que tu as toi-même manipulés au gré de tes nécessités
Pour te donner la sensation d’exister
          Avoir une vie
En 1981, François Mitterrand est élu à la présidence de la République Française
En 1981, Georges Brassens et Bob Marley décèdent des suites d’un cancer généralisé
En 1981, l’ancien acteur de seconde zone, Ronald Reagan est président des États-Unis
Avec Margaret Thatcher, il incarne le capitalisme triomphant
          Ce qu’on appelle encore timidement néolibéralisme
En 1981, le monde ne va plus si bien
Tes parents se séparent
C’est fini
Définitivement fini
          Un mariage de plus à la casse
En 1981, tu as sept ans et pourtant
          Oui, pourtant tu es loin de l’âge de raison
En 1981, tu n’aimes ni Georges Brassens, ni Bob Marley que ta mère t’imposera pendant toute ton enfance
Tu préfères de loin Village People
          Ou encore Boney M.
Le 10 mai 1981, selon la légende maternelle, tu aurais dit
           Maman, ton président a été élu
Oui, ce sont les mots exacts que tu aurais prononcés
          Ton président a été élu
Pauvre enfant qui ne pouvait pas savoir
          Qui ne pouvait pas comprendre
          À quel point les idéaux qui avaient fondé le socialisme de Jaurès seraient piétinés
          À quel point cette année 1981, passé son trop bref moment d’euphorie, marquerait le début de la fin pour la gauche dite socialiste
Deux ans plus tard, ce serait le tournant de la rigueur
Ce serait l’instrumentalisation des banlieues
La récupération de la marche des beurs en un inoffensif Touche pas à mon pote
Bientôt ce serait l’ascension du Front national
          Favorisé par un François Mitterrand cherchant à contrer la droite traditionnelle
          À empêcher Jacques Chirac, son rival, d’accéder au pouvoir
Toi, en 1981, tu es l’enfant de ceux qui ont perdu
         Qui ont été oublié
         À qui on a nié toute possibilité d’existence
Tu es l’enfant de ceux qui ont cru en des promesses trop vite trahies
En 1981, tu as sept ans et pourtant tu commences à peine à vivre

lundi 26 septembre 2011

Je me méfie de l'homme occidental aux Francophonies à Limoges

Reprise de Je me méfie de l'homme occidental (encore plus quand il est de gauche) dans le cadre du Festival de Francophonies à Limoges les 7 et 8 octobre 2011 après sa création en mars 2011 au Théâtre Saint Gervais Genève.

Sur le spectacle :
« La nouvelle pièce de Jérôme Richer ne laisse rien au hasard. L’ambition ? Explorer, une fois de plus, un lien inédit engageant scène, spectateur et histoire contemporaine. Le but ? Laisser le public avec des questions plein la tête et le cœur tout chose. Soit un mélange de douceur et de politique, d’humain et d’inhumain. Au final, certes sincère, la pièce n’est pas aussi naïve qu’il n’y paraît vu l’habileté à bluffer le public en lui donnant par moments l’impression d’être pris en otage ou en le gratifiant de monologues parfaitement poétiques – servie en cela par une énergique et versatile Compagnie des Ombres. » Nicola Demarchi (11 mars 11)
« Une nouvelle fois, Jérôme Richer part à l’assaut des faux-semblants, en constatant notamment l’impuissance réitérée du théâtre. C’est très réussi, d’une sincérité un peu agacée et la distribution est excellente. » Lionel Chiuch – Tribune de Genève (15 mars 11)
« Comment faire un spectacle politique sans tomber dans le message vu et digéré ? A Saint-Gervais, à Genève, Jérôme Richer répond avec un spectacle morcelé, intelligent. » Marie-Pierre Genecand (18 mars 11)

Extrait : L'arabe
Ils sont trois sur scène. Deux hommes et une femme.

Je suis l’arabe
Elle répète en arabe.
Pour mes parents, je suis le fils prodige
Elle répète en arabe.
Du moins, c’est ce que dit ma compagne
Je n’aime pas quand elle dit ça
Ça m’énerve quand elle dit ça
Ma compagne est grande et blonde
Elle répète en arabe.
On dirait une allemande
Je lui dis souvent que c’est une sale nazie
Elle n’aime pas quand je dis ça
Ça l’énerve quand je dis ça
Ma compagne est cent pour cent suisse
Un pur produit de la campagne
Elevée au lait fermier et au fromage de chèvre
Un arabe avec une grande blonde, ça fait réagir
Un ami insinue que je l’aurais achetée
Echangée contre deux ou trois chameaux
Qu’il y a une histoire louche là-dessous
Le complexe de l’ancien colonisé
Elle répète en arabe.
L’attirance pour la femme blanche.
Elle répète en arabe.
Ça ne m’énerve pas qu’il dise ça
Je suis l’arabe
Elle répète en arabe.
Le bougnoule
Elle répète en arabe.
Le bicot
Elle répète en arabe.
Le melon
Elle répète en arabe.
Le gris
Elle répète en arabe.
Etc, etc.
Je ne suis pas musulman
Ni catholique
Ni protestant
Ni bouddhiste
Ni scientologue
Ni raélien
Ni témoin de Jéhovah
Je me définirais comme une personne rationnelle
Les gens sont toujours étonnés de rencontrer un arabe rationnel
Je ne crois pas en des lendemains qui chantent
En une évolution positive de l’humanité
Pour tout dire, je ne crois en rien
Je suis celui qui se fait contrôler dans les couloirs du métro
Qu’on arrête à la douane
Qu’on regarde de travers dans les magasins
A qui on refuse l’entrée en boite de nuit
Je dis
A qui on refuse l’entrée en boite de nuit
Mais pour ne rien vous cacher, je ne vais jamais en boite de nuit
Je n’écoute pas de hip-hop
Je ne m’habille pas en mode racaille
Je ne fais pas de trafic de stup
J’apprécie le vin rouge
Elle répète en arabe.
J’aime cuisiner
Je n’ai pas demandé à ma compagne de revêtir une burqa
Je suis l’arabe qu’on aime bien
Elle répète en arabe.
Je suis l’arabe gentil et plutôt intelligent
Quand j’ai peur, si j’ai peur
Quand j’angoisse, si j’angoisse
Je fais en sorte de le garder pour moi
Quand je suis sur scène, je ne me pose pas la question de la couleur de ma peau
D’autres se la posent pour moi
L’auteur
Elle répète en arabe.
Le metteur en scène
Elle répète en arabe.
Les autres comédiens
Elle répète en arabe.
Les spectateurs
Elle répète en arabe.
J’ai été engagé sur ce spectacle pour la couleur de ma peau
Je suis celui qui est différent
Je suis la caution ethnique
Elle répète en arabe.
Le discours sur les minorités visibles ne m’intéresse pas
Je ne suis pas sur scène pour prononcer de grandes phrases
Pour vous appeler à plus d’ouverture d’esprit
Je ne milite dans aucun parti politique
Je ne suis le défenseur d’aucune cause
Ça ne m’empêche pas d’avoir des opinions
De voter quand j’en ai l’occasion
Je n’ai pas écrit le texte que je suis en train de jouer
Il est basé sur ma vie mais il ne dit pas qui je suis
Je ne suis pas occidental
Elle répète en arabe.
Je ne suis pas africain
Elle répète en arabe.
Je suis un miroir sur lequel projeter vos fantasmes

samedi 24 septembre 2011

Naissance de la violence au Luxembourg

C'est un moment émouvant pour un auteur d'apprendre qu'un de ses textes aura droit à une deuxième vie sur scène. C'est ce qui est en train de m'arriver avec Naissance de la Violence (Une histoire d'amour), prix de la Société suisse des auteurs 2006, que j'ai créé en janvier 2007 à la Grange de Dorigny à Lausanne, avant des représentations à Genève et Neuchâtel. Une nouvelle production voit le jour au Luxembourg au Théâtre du Centaure, dans une mise en scène de Martin Engler.

Un homme, seul, dans un espace clos, est visité par une apparition – celle de sa femme abattue quelques années auparavant lors d’un affrontement avec la police. Ensemble, ils revisitent les différentes étapes de leur engagement dans la lutte armée au cœur des années 1970. Naissance de la violence est inspirée des vies de Renato Curcio et Margherita Cagol, membres fondateurs des Brigades rouges.


DISTRIBUTION
Texte : Jérôme Richer
Avec : Sophie Langevin et Steve Karier
Mise en scène : Martin Engler
Assistant à la mise en scène : Jérôme Konen
Scénographie : Diane Heirend

Coproduction : Théâtre du Centaure et Fundamental A.s.b.l.
Avec le soutien de : Ministère de la Culture, Fonds Culturel National et Ville de Luxembourg
Plus d'informations : Théâtre du Centaure ou Fundamental


DATES DE REPRÉSENTATION
Vendredi, 30 septembre à 20h00
Samedi, 1er octobre à 20h00
Mardi, 4 octobre à 20h00
Vendredi, 7 octobre à 20h00
Samedi, 8 octobre à 20h00
Dimanche, 9 octobre à 18h30
Mardi, 11 octobre à 20h00
Jeudi, 13 octobre à 18h30
Samedi, 15 octobre à 20h00
Lundi, 7 novembre à 20h00
Vendredi, 11 novembre à 20h00
Samedi, 12 novembre à 20h00
Dimanche, 13 novembre à 18h30

mercredi 17 novembre 2010

Une histoire suisse à la Grange de Dorigny

Reprise du 25 au 28 novembre 2010 d'Une histoire suisse à la Grange de Dorigny à Lausanne après la création du spectacle au Théâtre Saint Gervais Genève en avril 2010. Plus d'informations ici.