samedi 19 mars 2016

Interdit

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-->Extrait de "Avant de se retrouver", spectacle musical, texte et mise en scène Jérôme Richer, musique Olivia Pedroli, créé au 2.21 à Lausanne. Une production de la Compagnie Binooculaire. 
Il y a un truc que je ne supporte pas
Un truc qui me rend dingue
C’est qu’on touche ma flute
Qu’on pose ses mains sur elle
Tout de suite, je crois qu’on va la prendre de travers
La blesser
C’est très intime une flute
Sa forme, c’est très intime
Et puis la flute, c’est le souffle
La pulsation vitale La flute, c’est peut-être l’instrument qui se rapproche le plus de la voix humaine

C'est la nuit

Extrait de "Avant de se retrouver", spectacle musical, texte et mise en scène Jérôme Richer, musique Olivia Pedroli, créé au 2.21 à Lausanne. Une production de la Compagnie Binooculaire.

C’est la nuit
C’est peut-être l’été
Il fait un peu trop chaud
Je suis dans ma chambre
Je suis seule dans ma chambre avec lui
Je ne dors pas
Il y a longtemps que je ne dors pas
Lui, il sait que je suis réveillée
Même s’il ne dit rien, il le sait
Il est patient
Très patient
Il n’a rien à faire d’autre qu’attendre
Attendre que je me décide
Que je me lève
Oui
Que je le saisisse
Que je le touche
Oui
Que je glisse mes mains sur lui
Que je caresse son corps Son manche
Et qu’enfin je commence à jouer
À jouer avec lui
Oui
Sans me soucier de ce que les autres pourraient penser
Sans me soucier de ce que mon attitude pourrait dire de moi
Et qu’enfin, lui et moi soyons réconciliés Et pour une fois, un peu heureux

La Bande-Annonce du spectacle : 
Avant de se Retrouver - Bin°oculaire - 2016 from Manon Pierrehumbert on Vimeo.

mardi 15 septembre 2015

Invisible

Extrait de "Nous sommes tous des pornstars", création le 8 septembre 2015 à la Bâtie, festival de Genève.

Tu marches dans la grande ville
Jusqu’à ce que tes pieds ne puissent plus te porter
Jusqu’à ce que tu t’effondres
          Que ton corps te lâche
           T’abandonne
Et personne pour te voir
Pour prêter attention à toi
Tu es devenu invisible
C’est arrivé comme ça
Il paraît que certaines personnes s’entrainent pour y parvenir
Que c’est une sorte de métier
          Devenir invisible pour échapper au regard de la police
Mais toi, tu n’as rien demandé
Et les autres Souvent ils se cognent à toi
Te laissent à moitié sonné pour continuer leurs chemins
Et tu ne dis rien
Tu ne protestes pas
Mais que pourrais-tu dire ?
Il y a si longtemps que tu n’as pas parlé
Juste quelques mots en cas d’absolu nécessité
Pour le reste, rien
Enfin rien qui ressemble à une conversation entre êtres humains
C’est arrivé comme ça
Progressivement
La disparition du langage
La disparition des mots dans ta bouche
Cette terrible sensation de perte
Mais tes yeux
Oui, tes yeux
Ils continuent à voir tes yeux
Plus précis que des caméras de vidéosurveillance
Ils aspirent tout
Une modélisation parfaite de la réalité
Par tes yeux, tu ressens la moindre texture
L’extrême complexité de certaines formes
Les températures
Et tous ces corps
Ces corps que ton regard enregistre
Scanne
Dissèque
Partout il y a les corps des femmes dans la rue
Dans les vitrines des magasins
Sur les panneaux publicitaires
En devanture des kiosques à journaux
Tu aimerais tellement qu’elles te regardent
          Que ces femmes te regardent
          Qu’elles te parlent peut-être
Alors aujourd’hui tu t’arrêtes
Tu t’arrêtes devant une vitrine d’un magasin de vêtements
Une de ces chaines qui pullulent dans toutes les villes d’Europe
Et là, qui te fait face, il y a cette femme beaucoup plus grande que toi
Il y a cette femme gigantesque
Tu ne vois que la moitié de son corps
Elle est en maillot de bain
Un immense sourire sur le visage
Elle s’en moque de la pluie au dehors
Elle s’en moque du froid glacial qui te transperce les chairs
Elle offre son corps bronzé et plein de vie aux regards des autres
Elle s’en moque de ce que tu peux penser
Car elle sait au plus profond d’elle-même qu’elle est belle
Et toi, tu ressens ce besoin irrépressible de la toucher
Ça t’envahit
Te submerge
C’est comme un gouffre impossible à satisfaire
Pas seulement parce qu’une vitre vous sépare
Pour elle, tu n’existes pas
Maintenant tu voudrais crier
Dire que les corps de ces femmes dans les rues, ce n’est plus possible
Que tu pourrais faire quelque chose de mal
Que la solitude, ce n’est plus possible
Que tu as simplement besoin d’un peu de chaleur
Que quelqu’un te prenne dans les bras
Te serre contre lui
Te reconnaisse en tant qu’être humain

lundi 6 octobre 2014

Le théâtre indépendant, un monde en crise

Article écrit pour le journal La Cité en octobre 2012 sur la situation du théâtre indépendant en Suisse romande. Deux ans plus tard, après la dernière rencontre avec les arts de la scène organisée à Genève, le 29 septembre 2014, les propos tenus dans l'article gardent toute leur pertinence. 

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