samedi 24 septembre 2011

Naissance de la violence au Luxembourg

C'est un moment émouvant pour un auteur d'apprendre qu'un de ses textes aura droit à une deuxième vie sur scène. C'est ce qui est en train de m'arriver avec Naissance de la Violence (Une histoire d'amour), prix de la Société suisse des auteurs 2006, que j'ai créé en janvier 2007 à la Grange de Dorigny à Lausanne, avant des représentations à Genève et Neuchâtel. Une nouvelle production voit le jour au Luxembourg au Théâtre du Centaure, dans une mise en scène de Martin Engler.

Un homme, seul, dans un espace clos, est visité par une apparition – celle de sa femme abattue quelques années auparavant lors d’un affrontement avec la police. Ensemble, ils revisitent les différentes étapes de leur engagement dans la lutte armée au cœur des années 1970. Naissance de la violence est inspirée des vies de Renato Curcio et Margherita Cagol, membres fondateurs des Brigades rouges.


DISTRIBUTION
Texte : Jérôme Richer
Avec : Sophie Langevin et Steve Karier
Mise en scène : Martin Engler
Assistant à la mise en scène : Jérôme Konen
Scénographie : Diane Heirend

Coproduction : Théâtre du Centaure et Fundamental A.s.b.l.
Avec le soutien de : Ministère de la Culture, Fonds Culturel National et Ville de Luxembourg
Plus d'informations : Théâtre du Centaure ou Fundamental


DATES DE REPRÉSENTATION
Vendredi, 30 septembre à 20h00
Samedi, 1er octobre à 20h00
Mardi, 4 octobre à 20h00
Vendredi, 7 octobre à 20h00
Samedi, 8 octobre à 20h00
Dimanche, 9 octobre à 18h30
Mardi, 11 octobre à 20h00
Jeudi, 13 octobre à 18h30
Samedi, 15 octobre à 20h00
Lundi, 7 novembre à 20h00
Vendredi, 11 novembre à 20h00
Samedi, 12 novembre à 20h00
Dimanche, 13 novembre à 18h30

lundi 29 août 2011

Publications

L'essai 22 regards sur la culture vient de paraître aux éditions Les petites lessiveries dans lequel une version inédite de mon texte L'auteur est incluse. Un très bel objet avec les contributions de 10 auteurs membres des EAT-Suisse (Ecrivains associés du théâtre) et de magnifiques illustrations.

En début d'année, est aussi paru Anne Bisang à la Comédie de Genève : l'obsession du printemps aux éditions de l'Entretemps dans lequel plusieurs de mes textes courts sont inclus dont Le vieux monsieur.

jeudi 23 juin 2011

Lecture des textes de l'atelier Textes-en-Scènes le 25 juin au Poche

C'est avec une grande joie que je vous annonce la présentation d'extraits de ma dernière pièce Le deuxième homme écrite dans le cadre de l'atelier Textes-en-Scènes le samedi 25 juin au Poche à Genève.
Une belle soirée en perspective en compagnie de mes trois camarades d'écriture Antoinette Rychner, Wolfram Höll et Dominique Ziegler.

Textes en Scènes se renouvelle

Encourager l’écriture théâtrale romande en offrant tous les deux ans un accompagnement de longue durée à des auteurs écrivant pour le théâtre: cet objectif premier guide TEXTES→en→SCÈNES depuis sa création en 2004. Un changement de taille est cependant intervenu pour la version 2010 de l’atelier. Au lieu d’avoir un seul dramaturge commun, les auteurs ont cette fois bénéficié d’un interlocuteur personnel qu’ils se sont choisis. Chaque projet est aussi parrainé par un théâtre ou une compagnie romande. C’est donc un accompagnement individualisé, renforcé, en lien serré avec la profession, qui a nourri les quatre projets de cette édition, développés de septembre dernier à avril de cette année.
Les organisateurs de TEXTES→en→SCÈNES sont heureux pour les auteurs lauréats qu’ils aient su convaincre des accompagnants de la qualité de Daniel Danis, Philippe Minyana, Coline Serreau et Gérard Watkins. Ils sont aussi très satisfaits du parrainage du Théâtre Vidy-Lausanne, du Théâtre Le Poche Genève, du Théâtre Saint-Gervais Genève et de la Compagnie des Ombres, Genève.
Quatre sessions de travail collectif, organisées au sein des théâtres parrains, ont complété ce dispositif. Les auteurs les ont généreusement mises à profit pour s’entraider.
Deux de ces sessions ont aussi permis de leur proposer un savoir en dramaturgie délivré par Danielle Chaperon, professeur à l’Université de Lausanne.

Pierre-Louis Chantre
Chef de projet

Antoinette et Wolfram au Poche lors d'une session de travail

PROGRAMME

16h30 Accueil

17h Intimité data storage
d’Antoinette Rychner
Conversation avec Gérard Watkins

18h Erratiques
de Wolfram Höll
Conversation avec Daniel Danis

18h45 Apéritif et buffet

20h15 ÉCRIRE LE THÉÂTRE
Daniel Danis,
Philippe Minyana,
Gérard Watkins
avec les auteurs de
TEXTES→en→SCÈNES
Animation Pierre-Louis Chantre

21h Le deuxième homme
(ou avant que tout s’effondre)
de Jérôme Richer
Conversation avec Philippe Minyana

21h45 Patria grande
(Sainte Ungrud des abattoirs)
de Dominique Ziegler

lundi 23 mai 2011

La confrontation

Un homme dit à sa femme : Bientôt je te tuerai. Après viendra mon tour. Et à la fin de la pièce, il le fait. Entre temps, nous sommes plongés dans le quotidien faussement banal d’une famille, les disputes entre la fille ainée et le fils, la femme qui telle une Pénélope moderne tricote un pull pour son mari pour le jour où il la tuera. L’essentiel de la pièce repose sur le silence de la femme. Elle est celle qui choisit de ne rien dire. Le spectateur, lui est placé en situation de témoin impuissant du drame en cours.

C'est en quelques lignes le résume de ma dernière pièce Le deuxième homme que je suis en train de terminer d'écrire. En voici la troisième scène :

Une chambre d’hôtel.
LA FEMME est en culotte. Elle fume.
LE DEUXIEME HOMME est assis sur le lit.

LE DEUXIEME HOMME. – Pourquoi tu fumes toujours après l’amour ?
LA FEMME. – Elle n’a aucun sens ta question.
LE DEUXIEME HOMME. – Tu as joui ?
LA FEMME. – Tu devrais le savoir.
LE DEUXIEME HOMME. – Je ne comprendrai jamais.
LA FEMME. – Quoi ?
LE DEUXIEME HOMME. – Le plaisir chez la femme. Comment ça fonctionne.
LA FEMME. – A quoi ça sert de comprendre ?
LE DEUXIEME HOMME. – Ta cendre.
LA FEMME. – Quoi ?
LE DEUXIEME HOMME. – Elle va tomber.

LA FEMME va écraser sa cigarette dans le cendrier posé sur la table de nuit.
LE DEUXIEME HOMME en profite pour lui toucher les seins.

LA FEMME. – Pourquoi faut-il toujours que vous fassiez ça ?
LE DEUXIEME HOMME. – Quoi ?
LA FEMME. – Nous toucher les seins ou les fesses quand nous faisons autre chose.
LE DEUXIEME HOMME. – Approche.
LA FEMME. – Je n’ai pas envie.
LE DEUXIEME HOMME. – Je les trouve beaux.
LA FEMME. – Quoi ?
LE DEUXIEME HOMME. – Tes seins.
LA FEMME. – Passe-moi une cigarette.
LE DEUXIEME HOMME. – Tu fumes trop.
LA FEMME. – Je suis fatiguée.
LE DEUXIEME HOMME. – Je peux faire quelque chose ?
LA FEMME. – Tu es gentil.

Elle s’allume une cigarette. Ses mains tremblent légèrement.
LE DEUXIEME HOMME s’allume aussi une cigarette.

LE DEUXIEME HOMME. – C’est un peu ridicule nous deux en train de fumer.

Ils fument en silence.
LA FEMME laisse tomber sa cigarette.

LA FEMME. – Merde.
LE DEUXIEME HOMME. – J’aime quand tu viens sur moi. Te regarder bouger. Tu es belle quand tu te laisses aller.
LA FEMME. – Merci.
LE DEUXIEME HOMME. – Tu veux en parler ?
LA FEMME. – De quoi ?
LE DEUXIEME HOMME. – Ce qu’il a dit.
LA FEMME. – Non.
LE DEUXIEME HOMME. – Tu en es sûre ?
LA FEMME. – Et toi, tu veux en parler ?
LE DEUXIEME HOMME. – Un homme et une femme sont morts dans l’incendie d’un hôtel. Personne ne savait pourquoi ils étaient là jusqu’à ce qu’on comprenne qu’ils couchaient ensemble. Tu imagines le drame pour les familles ? Apprendre d’un seul coup la mort de son conjoint et son infidélité.
LA FEMME. – Pourquoi tu me racontes ça ?
LE DEUXIEME HOMME. – C’est quelque chose que j’ai lu dans le journal ce matin.
LA FEMME. – Pourquoi tu me racontes ça ?
LE DEUXIEME HOMME. – Tu es un peu pâle. Tu ne dors pas assez. Tu devrais prendre soin de toi.


LA FEMME tousse.

LE DEUXIEME HOMME. – Qu’est-ce que je disais ? Ces saloperies de clopes finiront par nous tuer.
LA FEMME. – Si seulement.
LE DEUXIEME HOMME. – Qu’est-ce que tu as dit ?
LA FEMME. – Rien.
LE DEUXIEME HOMME. – J’ai pourtant cru.
LA FEMME. – Tu as rêvé.
LE DEUXIEME HOMME. – Tu crois ?
LA FEMME. – Oui.
LE DEUXIEME HOMME. – Viens t’allonger.
LA FEMME. – Je n’ai pas envie.
LE DEUXIEME HOMME. – Je mets le réveil de mon téléphone.
LA FEMME. – Arrête.

Elle commence à s’habiller. Elle le sera complètement à la fin de la scène.

LE DEUXIEME HOMME. – Et si tu divorçais ?
LA FEMME. – Et ensuite ?
LE DEUXIEME HOMME. – Nous habiterions ensemble.
LA FEMME. – Où ça ?
LE DEUXIEME HOMME. – Je ne sais pas. N’importe où.
LA FEMME. – Et après ?
LE DEUXIEME HOMME. – Quoi après ?
LA FEMME. – Notre vie, comment elle sera ?
LE DEUXIEME HOMME. – Nous serons heureux.
LA FEMME. – Tu ne l’es pas aujourd’hui ?
LE DEUXIEME HOMME. – Je le serai encore plus.
LA FEMME. – Et les enfants ?
LE DEUXIEME HOMME. – Ils habiteront avec nous.
LA FEMME. – Ça ne sera pas facile.
LE DEUXIEME HOMME. – Ça ne me fait pas peur.
LA FEMME. – Tu as pensé à tout.
LE DEUXIEME HOMME. – Non.
LA FEMME. – Et lui ?
LE DEUXIEME HOMME. – On ne choisit pas de tomber amoureux.
LA FEMME. – Parce que tu es amoureux ?
LE DEUXIEME HOMME. – Pourquoi es-tu si dure ?
LA FEMME. – Je ne te demande rien. Que tu me baises une ou deux fois par semaine. Et si possible que tu me fasses jouir. Si tu n’y parviens pas, ce n’est pas grave. Une ou deux gentillesses et c’est oublié. Je ne te reproche rien. Cette situation me convient. Alors ne me demande pas, s’il te plait, de croire que nous vivrons ensemble. Tôt ou tard, notre relation prendra fin. Parce que nous serons lassés. Parce que ça ne marchera plus. Parce que tu en voudras une plus jeune. Parce que c’est déjà trop tard. Excuse-moi. Il faut que j’aille faire des courses. Le frigo est vide à la maison.

Elle sort.
LE DEUXIEME HOMME tire rageusement sur sa cigarette avant de s’apercevoir qu’elle est éteinte.